samedi 20 février 2010

annonce du prochain café philo

le prochain café philo aura lieu le vendredi 19/03/2010 à 21h.
Dans la salle du sous-sol du bistrot du Cours
04/95/21/44/75

compte rendu de la soirée philo du12/02/10

"penser demain , c'est se souvenir d'hier".
Compte rendu café philo du 12 Février 2010 :


Nous nous sommes tous retrouvés dans la salle voûtée du café du cours avec, cette fois, la présence de nombreux élèves de Jérôme Ferrari. En effet, certains ( six) de ses élèves vont participer à une «  controverse » ou «  dispute philosophique » à Corte le 7 Avril contre une équipe de Bastia.
Une certaine pression, amicale toutefois, pèse sur eux car l’an passé, c’est l’équipe de Jérôme qui a remporté l’épreuve.
La séance de ce soir ainsi que la séance suivante serviront, entre autres, de rounds d’entraînement où les gants de boxe seront remplacés par la confrontation des concepts et des idées
Dans cette perspective, Jérôme conseille à ses élèves et à l’ensemble des personnes présentes de lire «  L’Art d’avoir toujours raison » d’Arthur Schopenhauer.

Le thème du jour, ou plutôt de la soirée, a été «  L’œuvre d’Art a-t-elle une utilité ? ».

Il n’a pas été choisi totalement par hasard car au programme de philo est étudié un texte de Shakespeare sur l’Art. De plus, le sujet offre matière à discussion… et, comme on l’a vu au cours de la soirée matière à controverses et à polémique.


Jérôme, en liminaire, lance quelques pistes et essaie de définir quelques repères qui doivent orienter les débats.

Le sujet revient à s’interroger sur ce qu’est une œuvre d’Art. En effet, la définition que donne chaque époque de l’Art change. Ce domaine n’est donc pas prédéfini en philosophie esthétique. Une œuvre d’Art n’est pas soumise à une utilité pratique depuis l’époque moderne. Auparavant, l’oeuvre d’Art servait au culte religieux et ne revêtait pas de valeur en elle-même. L’œuvre d’art peut aussi avoir une utilité pratique ou esthétique.

Depuis le début du XIXème siècle, notamment avec Schopenhauer et Hegel, la conception de fonction de l'Art a évolué. On lui assigne une dignité, une mission de dévoilement de la vérité. Une certaine sacralisation de l’œuvre d’Art est constatée chez Hegel.

Jérôme afin de montrer, si tant est qu’il en était besoin, que rien n’est simple en philosophie évoque un texte dans lequel Nietzche se demande ce que veut dire l’expression «  L’Art pour l’Art ». Pour lui, elle est un non sens car l’Art se fixe toujours un but, un objectif.

La soirée fut très riche et les débats empreints de convictions affirmées avec la force de l’éloquence. Je vais essayer d’en retranscrire le parfum et la fragrance en essayant, bien que je sache que c’est une gageure, de les synthétiser. Que ceux qui estiment que j’étais trop enrhumé ce soir là pour avoir senti le sens de leur intervention me pardonnent……. et apportent des corrections sur le blog par leurs réactions et commentaires.




L’Art expression d’un message :

L’Art exprime un message. Les Cathédrales, par exemple, sont l’expression de l’amour pour Dieu.
Les oeuvres de peintres, tels Van Gogh ou Toulouse- Lautrec, sont le message de leurs sentiments.

L’Art est toujours l’expression de quelque chose comme celle de la liberté de l’individu.

Le message de l’œuvre d’Art peut- être transmis même si l’artiste ne connaît pas les codes sociaux ou les canons académiques. Les artistes « naïfs » ne connaissaient pas les codes mais ils transmettent tout de même un message.

L’Art serait une tentative pour améliorer le réel :

L’art serait une sublimation de la réalité, il permettrait de tendre vers l’utopie donc il améliorerait le réel.

Jérôme prend acte de ce qui a été dit mais exprime sa conviction personnelle qu’on ne peut justifier l’œuvre d’Art par le seul fait qu’une artiste exprime ses sentiments. De plus, l’œuvre d’art est loin de toujours exprimer la liberté de l’individu. L’art politique tel l’art réaliste soviétique exprime plus l’étouffement d’un individu asservi à un système que la liberté de l’artiste.

Un participant objecte à Jérôme qu’un artiste a bien pu représenter le réel en laissant se faisant des Chefs d’œuvre. L’art pourrait être un décodeur de ce que l’on ne peut pas voir.


L’Art relèverait de l’ordre des codes :

Il y a deux conceptions de l’œuvre d’Art. La première d’ordre subjectif est l’expression d’une émotion personnelle de l’Artiste qui rencontre l’émotion de celui qui regarde.
La deuxième serait de l’ordre des codes car pour apprécier une œuvre d’art, un certain cadre de références est nécessaire et même, parfois, une éducation à l’Art.
Dans l’art culinaire, les papilles font le tri instantanément et discernent le bon du moins bon mais pour apprécier un vin, une éducation à la culture œnologique est nécessaire.
Mais parfois, dès que l’on apprend à apprécier en connaisseur un art, on l’aime moins. La magie d’un morceau de musique ne gagne pas toujours à l’analyse des portées et à sa décomposition en notes.
Pour aimer une œuvre d’art, il faut un consensus sociologique.

Jérôme indique que, pour Bourdieu, il y a une approche sociologique de l’œuvre d’Art.
Les goûts ont une valeur sociologique. Ils sont conditionnés par la classe sociale à laquelle on appartient, ce qui amène à une relativisation de la valeur des oeuvres.
Pour Jérôme, cette analyse est peut-être vraie pour l’Art moderne mais ne vaut pas pour les autres œuvres d’Art.
La valeur sociologique d’une œuvre n’exprime pas nécessairement ce qu’elle est.



L’Art est un besoin pour l’artiste

Au-delà de raisons tenant aux objectifs ou aux idéaux que suivrait l’Art, il relèverait d’un besoin impérieux pour l’Artiste. Jean Paul Sartre assignait à l’art et à l’écriture une fonction salvatrice. Pour quelle raison chercher toujours un sens caché, l’artiste fait peut-être de la musique parce que ça l’amuse ? dit quelqu’un.

Jérôme considère que l’expression de l’émotion est singulière et n’a pas en soi d’utilité pour les autres par cette formule décapante «  Qu’a –ton à foutre de la manifestation de notre émotion ? ».



Un participant lui répond que, comme le disait Montaigne, «  chaque homme porte en lui l’image de l’humaine condition ». Dès lors, chaque émotion ou sentiment ne sont pas si singulière et elles peuvent donc «  parler » à tous.

Utilité de l’œuvre d’Art

L’œuvre d’Art serait utile si elle vise à l’universalité.
L’Art serait de l’ordre de la transcendance.

Un participant cite le cas de la Tour Eiffel qui, tant décriée à ses débuts, est considérée aujourd’hui comme une œuvre d’art incontestable. Et pourtant , elle avait aussi pour utilité d’abriter des antennes TSF ce qui explique en partie sa construction.
L’histoire de l’Art se serait arrêtée à Marcel Duchamp au début des années 1910.

L’oeuvre d’Art doit exister :

Cela peut paraître une vérité d’évidence mais la condition première d’une oeuvre d’art est qu’elle doit exister et perdurer dans son existence.
Par exemple, Serge Gainsbourg ayant détruit ses œuvres picturales, il n’en reste rien et plus personne ne pourra les contempler.

L’œuvre d’Art doit non seulement exister mais être diffusée

Grâce à Internet, les œuvres d’Art se diffusent largement et peuvent être vues par tous.
Il est vrai que, dans l’antiquité, les statues qui ornaient la façade extérieure des temples étaient destinées, elles aussi, à être vues de tous.

Art et intemporalité

La caractéristique de l’Art est qu’il est intemporel et que son sens ne se réduit pas à une époque ou à un contexte.

Jérôme évoque Schopenhauer pour lequel l’art est l’expression de la singularité de l’œilleton individuel axé sur la transcendance.

Pour un autre participant, au contraire, une œuvre d’art est sublimée par le contexte dans lequel elle est apparue.
Il évoque notamment les sublimes «  Poèmes à Lou » que Charles Baudelaire a écrit à Nîmes peu avant de partir au front et dédiés à Louise de Coligny Chatillon qu’il aimait passionnément et avec laquelle il venait de passer quelques nuits d’amour.

Art et fonction éducative

L’art apporterait la lumière au peuple.

Art et argent

Les artistes tels les sculpteurs de l’Antiquité, et bien avant que l’on ne parle du marché de l’Art, ont réalisé de nombreuses œuvres sur commande pour gagner de l’argent. Il n’en reste pas moins qu’ils ont réussi à réaliser des chefs d’œuvre.

Pour une intervenante citant Paul Eluard et son poème « Liberté » , beaucoup d’artistes n’étaient pas payés et refusaient de l’être car ils se battaient pour la liberté.


Pour Jérôme tout cela démontre que quelle que soit la motivation, l’Art reste de l’Art. Il n’est pas, rejoignant ainsi la position de Schopenhauer, pour l’Art engagé car il faut exprimer directement les messages qui ne gagnent pas à être dépeints par la médiation artistique.

Pour un intervenant, c’est le message qu’exprime une œuvre d’Art qui en fait sa valeur.
Par exemple, le poème de Louis Aragon «  il n’y pas d’amour heureux » écrit en 1942 comporte un message politique.

Jérôme réitère que, pour lui, le sens caché enlève de la valeur à l’œuvre mais n’en rajoute pas.


Œuvre d’Art et censure :

La suppression du Bauhaus par les nazis pourchassant ce qu’ils nommaient l’art dégénéré est emblématique du caractère dangereux de l’art non asservi pour les régimes totalitaires.
Une intervenante rappelle, sans amalgame ni mise sur le même plan, l’enlèvement il y quelques jours de la façade des Beaux-Arts à Paris de l’œuvre d’une artiste chinoise sur le thème «  travailler plus pour gagner plus ».
Ce qui démontre que la liberté est bien l’une des conditions de l’expression artistique.

Art et beauté

La notion de beauté, d’émotion est fondamentale.
S’il n’y a pas de beauté, il n’y pas d’oeuvre d’Art.

Jérôme, pour éviter que le débat ne s’égare sur le concept de ce qui est beau ou non cite Schopenhauer pour lequel la notion de beau est très large.





Art et utilité sociale

Un participant au débat considère que, ainsi que le disait Bourdieu, l’Art hypostasie le social, c'est-à-dire que certains considérerait à tort que l’art aurait une réalité en soi, absolue, alors qu’il n’exprime en fait qu’un conditionnement social et est donc relatif.

Pour lui, la musique était importante car elle avait une utilité sociale. L’art n’a un sens qu’à travers son utilité sociale.
Picasso l’ennuie, Il ne veut pas d’Apollinaire ni de Mozart et il ose le dire. Tous ces artistes quasi imposés à l’assentiment de chacun «  enfument le peuple » et le dépossèdent de sa capacité créatrice qui doit s’exprimer dans leur vie réelle.

L’Opera est loin de le fasciner car il est détaché d’une pratique sociale ancrée dans le vécu des gens. Ce qui a fait réagir une autre participante qui évoque sa grand-mère, issue d’un milieu modeste et qui, en Italie, chantait des airs d’opéra en faisant sa cuisine. Elle regrette ce qu’elle considère comme une interprétation situationniste mal comprise et refuse que l’on confonde la création artistique avec le «  star system » actuel.
Une autre intervenante indique que l’on ne saurait réduire l’art à un concept bourgeois et que l’art concerne tout le monde même si une certaine éducation à l’art est nécessaire.

Jérôme dit qu’il ne croit pas à l’universalité dans le domaine de l’Art. Il reconnaît qu’il faut une certaine éducation à l’art. Mais que la maîtrise des codes n’est pas en lien absolu avec le fait que l’art est populaire ou non . Il invoque aussi la nécessité de la pratique citant Gilles Deleuze pour lequel on ne peut appeler grand philosophe quelqu’un qui n’a pas modifié la manière de faire de la philosophie.



Le sujet du prochain café philo n’a pas été donné à l’issue de la séance. Il sera communiqué sur le blog avec la date la prochaine rencontre aussitôt que je le connaîtrai.

Rendez-vous le mois prochain…. Portez-vous bien en attendant en prenant la vie …. avec philosophie  !


Jean-Michel Dahan Doladille

jeudi 11 février 2010

Avis sur "l'oeuvre d'art a t-elle une utilité?"

un petit avis de MARIE ROSE: "L'œuvre d'art a t-elle une utilité?


Je pense que l'art est la "retranscription", par l'artiste, d'un sentiment ou d'un ressentiment qu'il traduit par l'écriture, la sculpture ou toute forme d'art.
C'est ensuite l'interprétation, par chacun, du résultat de ce sentiment ou ressentiment.

jeudi 4 février 2010

Le prochain Café Philo


Le prochain Café Philo aura lieu au Bistrot du Cours VENDREDI 12 FEVRIER à 21h00 et aura pour thème « L'OEUVRE D'ART A T-ELLE UNE UTILITE? »


La première qui me vient à l'esprit c'est qu'elle nous permettra de débattre et nous retrouver dans une ambiance conviviale où l'intelligence de l'esprit et celle du cœur doivent être complémentaires.



Quelques références (non exhaustives et qu'il n'est pas, bien sûr, obligatoire d'avoir lues) de textes ou d'œuvres traitant du thème de l'art:


- Jean Paul Sartre: « Qu'est-ce que la littérature? ».


Sartre répond aux critiques qui lui reprochent d'essayer de faire de la littérature un art engagé. Pour ce faire, il cherche à faire ressortir la différence et les autres (musique et peinture).


- Arthur Schopenhauer: « De l'essence intime de l'art » qui est issue du livre « Le monde comme volonté et représentation ». (Supplément au troisième livre. Chapitre XXXIV).


...la musique est non seulement le premier et le plus important des arts, mais c'est un art qui est d'emblée métaphysique, plus capable de faire saisir l'être que n'importe quelle philosophie ou science usant de concepts.


- Hannah Arendt: « La crise de la Culture ».


Quelle est la spécificité de l'œuvre d'art par rapport aux autres productions humaines? La thèse de l'auteur est que les œuvres d'art se distinguent de tout autre production humaine par leur durabilité et leur inutilité.


- Pierre Bourdieu: « La distinction ».

Dans cet ouvrage, Pierre Bourdieu contribue à invalider les discours élitistes sur la beauté en mettant au jour les déterminismes sociaux, à la fois économiques et culturels, que de tels discours sous-tendent à leur insu.


- Martin Heidegger: « L'origine de l'œuvre d'art » partie du livre « Les Chemins qui ne mènent nulle part ».


Pour Heidegger, l'art occupe une place particulière. Ce n'est pas une activité humaine comme les autres. Il y a entre l'œuvre d'art et l'être une affinité qui tient à son rapport à la vérité. Par l'art (plus particulièrement le Poème), et par lui seul, la vérité se met elle-même en œuvre. En ce sens, l'art révèle l'essence de l'époque, c'est-à-dire son origine.